Alors là, je tombe en plein dans l'actualité ! Le gouvernement veut réformer le système des filières au lycée, les premières et terminales passent le baccalauréat actuellement et moi je me ramène avec un article sur les préjugés des filières au lycée. La vie est parfois bien faite n'est-ce-pas ?
Si j'écris cet article c'est parce que j'en ai assez que les littéraires soient pris pour des fainéants, de doux rêveurs, des animaux en voie de disparition. Alors, je te préviens lecteur, dans cet article je serai odieux, méprisant, de mauvaise foi, je prendrais certainement parti pour mes glorieux camarades - ça fait très stalinien ce que je dis - mais mes propos sont à prendre au second degré...
Commençons par les S : J'ai toujours eu une vision très... portugaise des scientifiques au lycée. Je ne sais pas si c'était spécifique aux S forgions mais je trouvais que pour être élève en filière scientifique il fallait être barbu. C'est effrayant ! C'est comme si ces êtres qui raisonnent à coups de x, de dénominateurs communs, d'équations du second degré et autres racines cubiques soupoudrées de nombre d'or et irrationnels passaient leur temps à calculer, à résoudre, à factoriser au point de se laisser dépérir devant leurs exercices. Il faut être dingue pour aimer ce faire mal à ce point, et complètement fou pour en faire son métier. D'ailleurs, j'ai une pensée émue pour mes professeurs de mathématiques de la sixième à la terminale, les pauvres... m'avoir comme élève, corriger mes copies où pour résoudre une équation du type 2x + 3,7y, je prenais 3 pages pour finalement me tromper. Tu m'étonnes que ma prof de seconde n'ai pas émis d'objection pour m'envoyer en L !
Ce qui m'inquiète vraiment à propos des scientifiques, c'est que de plus en plus de pauvres élèves de seconde décident de rejoindre cette secte, - allez-y, huez-moi - au nom des débouchés qu'elle apporte. Pauvre enfants, ils ne connaîtraient pas cet embrigadement mathématique si ils choisissaient de rejoindre la glorieuse école de notre guide Héraclite qu'est la section littéraire. Gloire à Héraclite !
Les ES, abréviation d'Economique et Social sont mes victimes préférées. Franchement, leur section repose sur un antagonisme incroyable. Comment pouvons-nous associer l'Economie et le Social aujourd'hui ? Et dire que les ES sont l'avenir du monde ! Considérés comme la section la plus utile au développement et à la croissance de notre nation, les instances dirigeantes font tout pour favoriser les élèves qui viennent de cette filière. D'ailleurs, à ce propos, j'ai une petite anecdote : Ma prof de sociologie, qui est engagée dans une action fort honorable de solidarité internationale pour le Madagascar voulait emmener aux pays des Malgaches une poignée d'étudiants de la Fac de Lettres. Figurez-vous que certaines personnes qui financent le projet lui ont conseillé de plutôt emmener des étudiants en commerce, pour la simple raison que les étudiants de Lettres seraient nuls, et incapables de comprendre les enjeux d'un tel voyage, contrairement aux étudiants de la fac de commerce qui pourraient mettre en pratique toutes leurs notions économiques qui à mon avis vont beaucoup leur servir dans un pays où la majorité de la population crève la faim dans des bidonvilles qui sont en fait des décharges à ordures... Bien sûr, ce n'est pas la faute des ES, eux ni peuvent rien, ils ne choisissent pas d'apprendre le PIB du Paraguay en 2002 - 1159 dollars par habitant... à l'aide... -, l'histoire de l'économie afghane, ou la géographie des richesses de la Papouasie Nouvelle-Guinée mais bon, ils le doivent parce que sinon, ils seront de mauvais traders qui spéculeront sur le dos de pauvres multinationales qui ont trop d'argent...
Par contre, être un L, ça c'est la classe, le must, le firmament ! Avant, ou plutôt jadis, les L étaient respectés, aimés, adulés. Les gens se poussaient dans les couloirs pour laisser passer leurs glorieux maîtres, ah... c'était le bon temps - bon, d'accord, j'exagère, mais c'est plutôt cool d'imaginer ce passé glorieux -. Seuls les S nous contestaient la suprématie des lycées, d'ailleurs, il existe encore des traces de cette rivalité dans les lycées des grandes villes comme Rouen. Il paraît que des débats entre les scientifiques du Lycée Corneille et les littéraires du lycée Jeanne d'Arc sont organisés, ce qui est à chaque fois l'occasion de voir les différences de points de vue des deux sections. Ah ! Je suis nostalgique du temps où les littéraires et les scientifiques se battaient à coups de chaises et se lançaient des insultes du genre Sale romantique auxquels les littéraires répondaient par un cinglant Va factoriser ailleurs ! Aujourd'hui la rivalité s'est estompée, les S ont pris le dessus et sont sur le point d'anéantir les dernières traces de l'hégémonie littéraire en décrédibilisant la filière. Je ne compte plus les préjugés dont sont victimes les L. Fainéants, incapables, déconnectés de la réalité, ça fait un peu beaucoup pour la même filière. En plus - et là je vais faire grincer des dents - ces préjugés n'existent plus lorsqu'un élève d'une autre section s'intéresse à une fille de la section littéraire. C'est étrange n'est-ce-pas ? Non mais sérieusement, je comprends ces types, les plus jolies filles sont en L, c'est bien connu, et d'ailleurs je pense qu'un article entièrement consacré à elles ne serait pas superflu...
Par contre pour les garçons littéraires, ce n'est pas la même chose. Pourquoi ? On est moches ? Sérieusement, citez-moi cinq garçons littéraires qui sont casés, et plus dur, qui sont casés avec une fille d'une autre section !
Je comprends pas pourquoi les filles n'aiment pas les littéraires, elles ne doivent pas aimer que leur amant - au sens du XVIe siècle, bien sûr, attention, je n'encourage pas l'adultère ! - leur souffle un poème de Baudelaire à l'oreille, ou quelques vers de Ronsard extraits du Sonnet pour Hélène. Tant pis pour elles, elles ne savent pas ce qu'elles perdent... Mais... oui... je viens de penser à un truc. Si les filles nous évitent c'est sans doute à cause du stéréotype selon lequel les garçons littéraires seraient homosexuels. Eh bien, mesdemoiselles, je le dis aujourd'hui, n'écoutez pas ces ragots, il n'y a pas plus d'homos en L que dans les autres sections et si nous ne vous approchons pas, c'est parce que nous sommes timides et qu'il nous faut des mois pour oser nous dévoiler. Réfléchissez ! Avez-vous déjà vu un L sûr de lui en amour ? Ecoutez votre c½ur mesdemoiselles, et choisissez l'amour, le partage, l'assurance d'être aimée pour ce que vous êtes et non pas pour l'image que vous dégagez. Votez L !
- Bon, il est temps de parler d'argent. Pour tout garçon L qui se casera grâce à mon article je réclame une petite commission de 10¤... Ben, quoi ! Il faut bien que je nourrisse mes enfants ! Bon, d'accord j'ai pas d'enfants, mais bon, j'ai une s½ur qui a faim ! -
Dans mon article, j'oublie les sections technologiques, mais ce n'est pas par mépris, simplement parce que je ne les connais pas, et je tiens à leur transmettre toute mon amitié. D'ailleurs, je salue également mes amis de ES et S - oui, j'en ai, enfin après cet article je ne sais pas mais avant je crois que j'en avais - et pour conclure j'ai envie de dire que c'est une bonne chose que la rivalité S/L s'est atténuée avec le temps. Au fond, que nous soyons S, ES, L, STG, STI... nous sommes tous des jeunes qui ont tous le même objectif, qu'il soit général ou technologique : le bac, et tant que chaque enfant, qu'il soit fils d'ouvrier ou de cadre pourra passer et réussir le Bac grâce à ses capacités et non pas grâce à l'argent de ses parents, alors le lycée ne sera pas en danger et il sera inutile de le réformer en prétextant une baisse du niveau qui s'apparente davantage à une volonté de sélection. Bon courage à tous les candidats au Baccalauréat !